YANN MALOTTI
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Yann, tu prends des modèles en photo, tu retravailles ensuite ces
photos parfois jusqu’au surréalisme. Comment qualifierais-tu ta
démarche ?
Ma démarche
est celle d’un créateur qui unie la photographie et le graphisme,
dans l’optique de créer un univers onirique, provoquant, décalé,
sublimé ; tout droit sorti d’un esprit sans cesse nourrit par mon
imagination. Je me décris comme un « artiste » contemporain
qui use des techniques actuelles pour mettre en exergue ses délires visuels,
ses sensations, ses passions, n’hésitant pas à aller jusqu’au
surréalisme. Cette ambiance me permet de m’évader dans un
autre monde sans loi, sans règle ni tabou, sans interdit.
Comment
fonctionnes-tu ? As-tu un cahier des charges bien arrêté quand
tu commences une séance ?
J’essaie de construire un univers propre avec chacun de mes modèles,
une atmosphère qui lui correspond parfaitement. Je réfléchis,
dessines, me nourris de ce que je vois ; sans pour autant rester figé
dans mes idées et ne pas laisser place à l’improvisation.
Ensuite, il s’agit d’une collaboration, toute séance devient
un échange ou le modèle participe et s’investi au maximum.
Il est essentiel qu’il ait une communication, qu’il s’implique
afin de tirer le meilleur parti de son rôle. Ainsi, les thèmes
sont développés en binôme.
Tes
modèles sont exclusivement des femmes. Pourquoi ?
(Rires) au grand désespoir de ma chérie, oui mes modèles
ne sont que des femmes… Elle croise les doigts et prie le bon Dieu pour
que l’envie de photographier des hommes émerge dans mon esprit…
J’ai eu plusieurs contacts de modèles masculins, reste à
attendre que cela murisse dans mon esprit. Effectivement, la femme me plait
pour son coté sensuel et charnel. Je me sens plus proche d’elle.
Quand je conçois mentalement une photo, il s’agit toujours d’une
femme. J’aime la voir évoluer et s’approprier le personnage.
Mon inspiration n’a pas de limite avec elle.
Quelles
qualités doit posséder ton futur modèle ?
Sans vraiment parler de qualité, j’aime avant tout travailler avec
des gens passionnés qui n’hésitent pas à s’investir
et à rentrer dans mon univers. J’apprécie que les futures
modèles sachent évoluer librement et naturellement, qu’elles
bougent sans être guidées. Ici il ne s’agit pas spécialement
de « canon de beauté ». Je marche au coup de cœur. Certaines
filles très belles peuvent moins m’inspirer que d’autres.
L’important est qu’elles dégagent quelque chose, je n’aime
pas les filles lisses, transparentes. Celles qui ont de la personnalité,
du charisme, de la prestance ou de l’originalité m’attirent
plus.
Tes photos ont toute une ambiance bien définie
et souvent de multiples interprétations possibles. Est-ce ton souhait
dès le départ ou bien improvises-tu et t’arrive-t-il parfois
d’être toi-même surpris par le résultat final ?
Comme tu le dis, mes photos ont souvent de multiples interprétations
et c’est cette idée qui me plait. En fonction du vécu et
de la personnalité de celui qui regarde, la critique est différente.
Quel plaisir de lire les commentaires faits par chacun, cela signifie que les
gens sont sensibilisés et non indifférents face à ce qu’ils
voient.
Ils se racontent une histoire et se laissent porter par mon univers alors je
me dis que j’ai réussi. Comme mentionner ci-dessus (référence
à la question 3) je ne fige pas mes idées. Elles évoluent
au gré de mes envies à l’instant voulu. Je pense qu’il
faut laisser l’inspiration aller ou elle le souhaite, laisser une part
de spontanéité et de liberté dans son travail. Je fais
confiance à ma créativité pour ne pas tout planifier.
Es-tu
à la recherche de la photo idéale ?
La photo idéale ? On est tous à la recherche de l’idéal
non ? Disons que ma priorité est d’avoir une image qui me plait
et dont je suis fier.
Bien sur, il y a des photos qui me plaisent plus que d’autres parce qu’elles
révèlent une émotion précise que j’ai su capter
au bon moment.
Tes
shootings sont souvent dans des endroits très particuliers. Comment les
choisis-tu ?
Beaucoup de temps est consacré à la découverte de nouveaux
lieux, car ils doivent me parler et m’inspirer. Tous différents
les uns des autres, je les aime pour leur luminosité, leur architecture,
leur graphisme et leur volume.
Il m’arrive d’aller me balader dans l’optique de trouver le
lieu parfait et optimal ; alors qu’à d’autre moment c’est
plutôt le lieu qui vient à moi.
Quel
est ton pire souvenir de shooting ?
D’avoir été obligé de diriger le modèle de
A à Z : placement du corps, attitude et expression à avoir, ce
qui implique aucune initiative et aucun partage du modèle.
Et
ton meilleur souvenir de shooting ?
Le modèle de cette séance correspondait parfaitement
à mes attentes : elle était très motivée et s’était
beaucoup investie dans des écrits, des références, une
réflexion.
Nous avions étroitement collaboré. De plus, voulant briser l’instant
d’une séance son coté glamour d’une beauté
naturelle qu’elle avait l’habitude de faire avec les autres photographes,
elle a su trouver et me donner diverses émotions sans que je n’ai
eu besoin d’intervenir. Elle était concentrée dans son personnage
tout en étant ouverte à mes suggestions. Bref, surtout les plans,
cette séance a été parfaite.
Si
j’osais te demander une photo sur le thème de la Discordance, qu’imaginerais-tu
tout de suite comme piste de départ ?
Un combat face a soi même... la folie... être en désaccord
avec soi même...
Quelles sont les influences que tu souhaiterais voir
avancées par un critique ?
Des influences cinématographiques telles que Lynch, Kubrick ou Burton.
Le cinéma tient une importante place dans ma vie (je viens de ce milieu
la, je bossais dans le cinéma avant d’être graphiste).
Qu’est-ce qu’il y a de plus important dans
la vie que la photo pour toi ?
L’amour et l’amitié des gens qui m’entourent.
Yann,
un message à passer ?
Il ne suffit pas d’avoir une idée … il faut surtout la pondre.
Quel type
de réaction cherches-tu à provoquer chez le spectateur ?
J’aime quand le spectateur bloque sur l’image. Quand il y a un long
silence avant d’entendre ses premiers mots, c’est que je l’ai
transporté un court moment dans les méandres de son cerveau.
Es-tu
sensible aux critiques à ton encontre ?
Très sensible malheureusement. Une critique négative comme positive
me touche.
A quoi te sert l’art ?
M’évader… m’exprimer… mais aussi donner un peu
d’imagination, de plaisir à autrui.
Rédige
ton épitaphe
L’épitaphe de Victor Hugo – Les Contemplations -
Il vivait, il jouait, riante créature.
Que te sert d'avoir pris cet enfant, ô nature?
N'as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs,
Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l'onde amère?
Que te sert d'avoir pris cet enfant à sa mère,
Et de l'avoir caché sous des touffes de fleurs?
Pour cet enfant de plus tu n'es pas plus peuplée,
Tu n'es pas plus joyeuse, ô nature étoilée!
Et le cœur de la mère en proie à tant de soins,
Ce cœur où toute joie engendre une torture,
Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature,
Est vide et désolé pour cet enfant de moins!