Article paru dans Art&Décoration Méditerranée (Janvier/Février 2002)
POÉSIE EXTRÊME !
Philippe Loubat crée
des toiles qui nous invitent à un jeu de couleurs où l'humour
devient tendresse.
Entré en peinture il y a une quinzaine d'années, Philippe Loubat
nous parle de cette aventure quotidienne et personnelle en ces termes :
« Je ne sais jamais ce qui va se passer sur la toile. La peinture est une sorte de rythme intérieur, que l'on peut résumer à une vibration.
En ce sens, pour moi, la peinture a un lien étroit avec la musique. »
Ici, le rythme est un jeu jubilatoire de couleurs et de formes où s'inscrit
le plus souvent un drôle de personnage aux pieds et aux mains sciemment
disproportionnés.
Il emplit tout l'espace tenant une fleur ou une guitare à la main comme une invitation légère au bonheur.
Les têtes, elles, se font dérisoires, si petites qu'elles tendent à disparaître dans l'énorme masse graphique du corps décomposé en une étonnante géométrie de couleurs.
« J'accorde une importance particulière au langage du corps. le viens de la terre.
Mon père était viticulteur Les mains représentent la force, le travail, l'énergie. Les pieds, eux, nous relient à la terre. Un visage, lui, peut tromper. »
Fils de paysan, Philippe Loubat revendique aussi son appartenance à une
seconde famille, celle du Sud.
Originaire de Montpellier, il a grandi dans la culture méditerranéenne où, nous dit-il,
« le corps s'expose, tient les premiers rôles. Les vêtements le mettent en scène.
J'habille à ma manière le corps de couleurs, de volumes, de décors, et mon travail a des correspondances avec celui d'un styliste qui coupe,
assemble, recompose volumes et couleurs. »
Il est vrai que ses tableaux ont quelque chose à voir avec des patchworks ou des puzzles géants derrière lesquels on devine un corps dont l'extravagance efface la réalité.
Ses tableaux aux titres révélateurs se lisent comme des petits contes, ironiques, décalés, toujours plein d'humour.
Tout est prétexte à un jeu d'équilibre, rien n'est définitivement posé.
Les personnages massifs
de Philippe Loubat sont paradoxalement d'une extrême fragilité.
Et son monde résonne alors d'une étrange poésie.
Son secret ? La nécessité de rêver.
« Quand le soleil
apparaît, la couleur s'impose dans l'atelier. Puis, sur la toile, j'écris
un rêve à coup de traits et de rythmes. Le reste reste un
mystère... »
Nadia Ben
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